Echanger les expériences et les idées pour les luttes

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Ci-dessous l’interview réalisé par Rémi pour la Dépêche de l’Aube, lors de la venue d’Emmy à l’exposition-débat sur les réfugiés du City Plaza.

 

John Adams, qui fut le second président des États-Unis, a dit ceci : “il y a deux manières de conquérir et d’asservir une nation : l’une par les armes, l’autre par la dette”. Cette assertion, énoncée il y a presque deux siècles, mise en perspective avec la situation contemporaine, en Europe et du monde, n’illustre-t-elle pas la perversité d’un système prêt à tout pour parvenir à ses fins et à se perpétuer ?

arton3860-a1603Emmy Koutsopoulou – Panagiotis Sotiris : Les forces dominantes en Europe ont essayé de présenter la crise de la dette grecque comme le résultat de l’incapacité de la société grecque de se

conformer aux normes “justes” en ce qui concerne la gestion fiscale ou la discipline économique. En réalité, la crise grecque, avec la dette comme manifestation, est la combinaison entre la crise capitaliste mondiale, la crise de “modèle de croissance” du capitalisme grec et la crise de l’euro et de l’architecture monétaire, fiscale et économique de la zone euro, avec ses grandes divergences en termes de productivité et compétitivité. La réponse des forces dominantes en Union Européenne était d’utiliser la crise grecque comme une justification pour imposer un régime d’austérité et de restructuration néolibérale sans précédent, une forme d’agression économique et sociale extrêmement violente.
Le peuple Grec est saigné à blanc par les institutions européennes et le FMI. Malgré cela, vous trouvez les ressources pour organiser collectivement des réponses progressistes à contrepied du postulat néolibéral selon lequel “il n’y a pas d’alternative”. Dans le domaine de la santé, avec les réfugiés… ces actions concrètes ne seraient-elles pas les pièces d’un puzzle dont l’image finale donnerait justement à voir qu’il existe une alternative à l’actuel système en crise profonde et durable ?
E. K. – P. S. : La réaction du peuple grec était d’abord un mouvement de protestation et de luttes sans précédent, avec des grèves, des occupations et des manifestations vraiment massives. Mais en même temps, on a eu l’émergence d’une multitude d’initiatives de solidarité et aussi d’autogestion. Ce n’était pas seulement une réponse aux exigences pratiques à la catastrophe causée par la crise. C’était aussi une expérimentation collective importante sur la possibilité de configurations sociales alternatives au néolibéralisme et à la logique de la marchandisation. Une structure médicale sociale est une preuve qu’on peut avoir un autre système de santé. Un hôtel transformé en place d’hébergement pour les refugiés est la preuve qu’on peut avoir une réponse de solidarité à l’arrivée des refugiés contre la xénophobie. Un marché autogéré de vente de produits agricoles sans intervention des circuits commerciaux est une alternative pour la réorganisation du système agricole.
Si le contexte en France diffère de la Grèce, la problématique de fond et les puissances à l’oeuvre dans nos deux pays sont les mêmes. Quel message souhaitez vous adresser à celles et ceux qui, pour reprendre un de nos slogans “ne lâchent rien”.
E. K. – P. S. : En fait, la réalité grecque n’est pas tellement différente de la réalité française, en ce sens que ce qui se passe en Grèce est un avertissement pour tous les peuples européens. La Grèce n’est pas l’exception, c’est le nouveau “normal” en Europe. L’austérité, les privatisations, la précarité, le nouveau bonapartisme autoritaire des partis “systémiques”, la restriction de la souveraineté populaire, sont les tendances observables dans toute l’Europe ; pour utiliser la phrase latine reprise par Marx, « De te fabula narratur » [1]. Alors notre message est qu’on doit préparer la contre-attaque des mouvements, coordonnée dans toute l’Europe, en commençant par l’échange des expériences et des idées pour les luttes. On doit créer des réseaux non seulement de solidarité ou de soutien mais aussi de préparation collective des alternatives contre le néolibéralisme et contre l’Union Européenne, basées sur l’expérience, le courage mais aussi la créativité collective des gens en lutte !

Notes

[1« De te fabula narratur » : ce récit est ton histoire – Horace cité par Marx dans sa préface à la première édition du Capital (1867).

 

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