La vente à la découpe de la Grèce

 

chania

« La liberté ou la mort »

« Des dizaines d’habitants de la région de Chania, avec une centaine de voitures, ont manifesté dimanche contre la cession de l’aéroport de Chania pour la société allemande Fraport. Partis du Tribunal dans le centre ville ils ont formé un convoi de voitures qui s’est rendu à l’aéroport. La police a essayé de contenir la manif à l’extérieur mais les manifestants ont réussi à pénétrer dans le hall où ils ont accroché le portrait du leader de la révolution de 1770 , Ioannis Daskalogiannis, qui est aussi le nom de l’aéroport, entouré de tissu noir. Le Collectif de lutte a annoncé de nouvelles actions dans les jours à venir. » (Constant Kaimakis) (Voir les vidéos ici et ici)


On observe un accroissement des mobilisations sociales et syndicales en Grèce. Cette nouvelle nous réjouit, bien sûr, nous rassurant sur un retour de la vitalité de la population grecque, qui semble un peu moins résignée au sort que lui ont réservé ses gouvernements successifs avec l’aide des membres bienveillants de la troïka (Banque centrale européenne, Commission européenne, FMI). Elle nous rappelle que la Grèce subit depuis 7 ans une situation « intenable et « explosive » au point d’alerter le FMI, situation que nous pourrions un jour connaître dans nos contrées, finalement pas si cuirassées contre ce genre de contrariété et du fait de leur avenir politique plutôt incertain, si nous n’y prenons pas garde.

La crise

En 2000, la Grèce doit 107 milliards d’euros à ses créanciers. Le Gouvernement conservateur de Kostas Karamanlís fait tout pour faire entrer la Grèce dans la zone euro en 2001. Il profite alors des conditions favorables de l’époque pour emprunter. Le pays va connaître un taux de croissance de plus de 4% entre 2000 et 2007. Entre 2004 et 2009, la Grèce embauche 75 000 fonctionnaires alors que ces derniers représentent un actif sur quatre. Durant la même période, les retraites augmentent de 30%. Mais la crise financière américaine de 2008 avec la faillite de Lehman Brothers précipite le sort du pays. Les Grecs aisés envoient leurs liquidités vers les banques suisses et anglaises, réduisant ainsi les rentrées fiscales pour l’État grec. Les richissimes armateurs ne paient pas d’impôts. Ces ressources perdues auraient globalement permis de rembourser les créanciers et de relancer l’investissement. Le déficit abyssal de la Grèce est révélé en 2009 par le gouvernement socialiste de Giórgos Papandréou nouvellement arrivé aux affaires. Ce déficit dépassera les 13% du PIB en 2010. En 2004, la dette grecque s’éleve à 136 milliards d’euros. En 2011, elle est de 340 milliards.

Austérité pour les uns, fruits du pillage pour les autres

la dette

Le 1er memorandum, signé le 5 mai 2010 par le gouvernement avec la troïka (Banque centrale européenne, Commission européenne, FMI) est approuvé le 7 mai , peu de députés étant ce jour-là présents à l’assemblée. Louka Katseli, ministre du travail et de la sécurité sociale, révélera n’avoir eu que trois heures pour le lire avant de le signer. Michalis Chrysochoidis, ministre de la protection civile, n’en a, pour sa part, rien vu, trop occupé qu’il était à « combattre la délinquance ».

Le Hellenic Republic Asset Development Fund S.A. (HRADF), soit en grec Ταμείο Αξιοποίησης Ιδιωτικής Περιουσίας του Δημοσίου (Tamio Axiopehisis Idiotikis Periousias tou Dimosiou); ΤΑΙΠΕΔ), en français le « Fonds de mise en valeur du patrimoine privé de l’État grec », ou TAIPED, est établi en 2011 dans le cadre du 2eme mémorandum qui sera signé le 09/02/2012. Il sera remplacé par le HCAP S.A (Hellenic Corporation of Assets and Participations S.A.) dans le cadre du 3ème mémorandum du 14/08/2015.

C’est ainsi que la Grèce devient le premier Etat du continent européen à voir son patrimoine national soumis ouvertement au pillage. Le HRADF (TAIPED puis HCAP), une société anonyme privée, dont l’Etat grec est le seul actionnaire, est chargé de toutes les privatisations prévues. Dans le conseil d’administration du fonds HRADF siègent, depuis mars 2015, outre cinq membres grecs, un observateur de la zone Euro et un de la Commission européenne. Les biens patrimoniaux transférés de l’Etat au HRADF se composent de biens immobiliers, de participations et de droits à des entreprises. Une fois que les actifs se trouvent aux mains du HRADF, ils ne peuvent plus revenir à l’Etat. Le plan de développement des actifs du HRADF, daté du 30 juillet 2015, donne une impression des privatisations alors en cours:

1. Aéroports régionaux: 14 aéroports régionaux, divisés en deux groupes avec chacun 7 aéroports […]
2. Athènes-Hellinikon: ancien aéroport d’Athènes, 6 millions de m2 de surface, situé au bord de la mer […]
3. Astir Vouliagmenis: complexe hôtelier Astir Palace Vouliagmeni SA y compris un port de plaisance […]
4. Afandou, Rhodes: développement de deux propriétés dans le district d’Afandou sur l’île de Rhodes pour le golf et le tourisme […]
5. Opérateur grec du système de transport de gaz naturel (DESFA) […]
6. Piraeus Port Authority S.A. (OLP) […]
7. Thessaloniki Port Authority S.A. (OLTH) […]
8. TRAINOSE S.A. & EESSTY S.A (ROSCO): TRAINOSE fournit des services techniques pour le transport ferroviaire de passagers et de marchandises. […]
9. Aéroport international d’Athènes S.A. (AIA) […]
10. Poseidi Chalkidiki: développement du tourisme […]
11. Centre de sport équestre Markopoulo […]
12. Enchères électroniques II, III, IV […]
13. Ports de plaisance: port de plaisance Alimos et les ports touristiques restant dans le portefeuille du HRADF […]
14. Egnatia Motorway S.A.: une autoroute à péage dans le nord de la Grèce, longue de 648 km, entièrement équipée. […]
15. Hellenic Petroleum S.A.:[…] entreprise leader dans le raffinage et la distribution du pétrole en Grèce […]
16. OTE S.A.: […] le plus grand fournisseur de télécommunication sur le marché grec […]
17. Société nationale d’approvisionnement en électricité (PPC) […]
18. Société d’eau et d’eaux usées de Thessalonique (EYATH) […]
19. Société d’eau et d’eaux usées d’Athènes (EYDAP) […]
20. Public Gas Corporation (DEPA) […]
21. Hellenic Post (ELTA) […]
22. D’autres mises en adjudication de propriétés: […] vente de terrains et d’immeubles à Argos, Véria, Stylida, Céphalonie et sur l’île de Rhodes, Nauplie, Chalcidique, Messénie et Athènes. […]

(source Henriette Hanke Guttinger in « Réflexions concernant le pillage du patrimoine national grec »

Les rapaces

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Ce sont donc de ses aéroports, de ses ports de plaisance et marchands, de ses cercles de jeux et chaînes d’hôtels, de ses chemins de fer, de ses autoroutes, de son littoral et ses plages, de ses forêts, de ses îles, de son patrimoine archéologique et artistique, de ses industries, de ses services publics tels que les télécoms, l’électricité, le gaz, le pétrole, la distribution d’eau et, plus simplement, de son territoire naturel que la Grèce se fait spolier : un terrain de 1,8 millions de m² (l’équivalent de 250 terrains de football) avec 7 km de côte sur l’ile de Rhodes, des zones classées Natura 2000 sur lesquelles Taiped suggère de construire hôtels, golfs et centres commerciaux, l’ancien aéroport d’Athènes, un terrain de 623 hectares (trois fois la superficie de Monaco) en bord de mer, où quelques vestiges d’infrastructures construites pour les JO de 2004 s’élèvent encore au milieu des herbes folles…Restera à comptabiliser les conséquences de cette situation sur l’environnement de ce paradis dont ils ont fait un enfer

Le malheur des uns ne manque pas de faire le bonheur des autres qui se sont déjà quasiment partagé le butin : fonds de pension allemands, investisseurs chinois, constructeur automobile (Fiat) et mafia italiens, mais aussi le fleuron de l’économie française pas encore passé sous pavillon étranger, tels Véolia, Bolloré, EDF, Française des jeux, sans oublier les sociétés concessionnaires d’autoroutes et, bien évidemment, les banques.

Le peuple grec sombre ainsi de plus en plus dans la grande pauvreté, la misère la plus mortifère (baisse des salaires et des retraites de près de 40% !, chômage de masse notamment parmi les plus jeunes), la maladie (sécurité sociale détruite et accès aux soins devenu inabordable pour les classes populaire et moyenne) et même la mort (suicides en forte hausse). Quel pays résisterait à ça ?

J’ai honte…

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