RETOUR SUR LE RAPPORT DE L’UNICEF

Le Comité national grec de l’Unicef a tiré la sonnette d’alarme fin mars en publiant « La Situation des Enfants en Grèce en 2017 – Les enfants de la crise », rapport particulièrement alarmant sur les effets dévastateurs de la crise et des politiques d’austérité sur les ménages grecs vivant avec des enfants et, par conséquent, sur les enfants eux-mêmes.

Φωτογραφία ©UNICEF/HQ95-1115/Giacomo Pirozzi

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En complément au précédent article sur ce sujet, voici quelques précisions utiles :

• Le seuil de pauvreté, qui était fixé à 598 € de revenus/mois en 2009, est ramené à 376 € en 2014*. Il a donc diminué de 37 % en 5 ans.

• Le taux d’enfants vivant dans la pauvreté est passé de 22,6 % en 2008 à 55,1 % en 2014. Cela signifie que 55,1 % des enfants avaient en 2014 des conditions de vie semblables à celles des 22,6 % d’enfants pauvres de 2008. On voit ainsi très clairement l’incidence de la crise sur les enfants, qui font maintenant face à un risque significativement plus élevé de pauvreté et de carences par rapport à la population grecque.

• Un demi-million d’enfants vivent dans des familles pauvres et en situation d’exclusion sociale.

• Avec un pourcentage de 45% aujourd’hui, la Grèce est de loin le pays où les moins de 18 ans sont le plus confrontés à la privation matérielle** parmi les 14 membres de l’Europe d’avant l’élargissement de 2004 (ce pourcentage est de moins de 5 % dans certains pays de l’UE (Suède, Norvège, Pays-Bas, Allemagne, Autriche). C’est donc près d’ un enfant sur deux en Grèce qui vit dans des conditions de privation matérielle**.

• Depuis le début de la crise, le bien-être des familles avec des enfants est nettement plus affecté que le reste de la population du pays.

• On sait que l’expérience de la pauvreté pendant l’ enfance conduit à une accumulation des difficultés qui auront une incidence négative sur leur vie d’adulte, contribuant ainsi à la reproduction intergénérationnelle de la pauvreté et des inégalités, ce qui compromet gravement un redressement à venir du pays.

Il devient donc extrêmement urgent que la Grèce puisse mettre en œuvre des politiques appropriées pour soutenir les familles avec enfants, ce qui devrait devenir une priorité dans l’agenda politique du gouvernement grec, en dépit de la cure d’austérité imposée par la troïka (Commission Européenne, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international). Cela pourrait contribuer à empêcher la ruine du pays et, plus précisément, mettre un frein au déchaînement des factions fascistes qui, comme on peut déjà le constater, se sentent encouragées à combattre de plus en plus ouvertement toute tentative visant à sortir la population de la misère…

*Le seuil de pauvreté est fixé dans chaque pays à 60 % du revenu médian des ménages ou individus. La plupart des éléments utilisés sur le revenu et les conditions de vie des ménages dans le rapport proviennent de l’enquête EU-SILC (cadre de référence d’Eurostat et d’Elstat pour la collecte de données en vue de l’établissement de statistiques comparatives sur la répartition des revenus et l’inclusion sociale dans l’Union européenne), lesquelles sont utilisées pour le suivi des politiques entrant dans le cadre de la méthode ouverte de coordination (MOC) réalisée dans les pays de l’UE depuis 2003. La MOC était un instrument de la « stratégie de Lisbonne », trouvaille des chefs d’État ou de gouvernement de l’Union européenne, qui était en 2000 de faire de l’UE l’économie la plus compétitive de la planète à l’horizon 2010…Les dernières données disponibles sont celles de l’enquête de 2015, mais se référent aux revenus de l’année précédente (c’est-à-dire 2014). (Pour plus d’infos visiter le site de l’Eurostat et son glossaire très complet.)

** La privation matérielle, c’est l’incapacité des ménages à répondre à certains besoins fondamentaux (biens et services) qui sont considérés comme essentiels pour le bien-être et le niveau de vie (paiement des factures de services publics, besoins financiers d’urgence, nutrition, santé, chauffage, vacances, par exemple). Il s’agit d’enfants qui vivent dans un ménage qui ne peut satisfaire 3 ou davantage des 9 besoins fondamentaux de base. Il est généralement admis que les ménages qui sont incapables de répondre à au moins 4 de ces 9 besoins sont considérés se trouver dans la pauvreté extrême (le plus souvent par absence d’emploi).

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